Ce dimanche 19 avril, le stade de San Siro abritera le 214ème derby officiel milanais de l’histoire de la Série A. Ce match, également appelé « Derby della Madonnina » est considéré au même titre que le clasico espagnol, comme l’une des rencontres les plus attendues de la planète foot. Opposant les rossoneri de l’Ac Milan et les nerrazzuri de L’Inter, ce match est l’occasion pour ces deux équipes de régner en maître sur la capitale Lombarde.

Derby della Madonnina ? 

La ville de Milan, est connue à travers le monde comme étant la capitale de la mode, souvent peu mentionnée pour ses attributs culturels, elle n’en reste pas moins une ville gorgée de trésors. Le plus connu n’est autre que le fameux Duomo de Milan, cette cathédrale gothique est encore aujourd’hui considérée comme la troisième  plus grande église au monde après la basilique Saint Pierre de Rome et la cathédrale de Séville. Un patrimoine fantastique, situé Piazza del Duomo à 8 kilomètres de San Siro, qui a participé à la création du surnom du Derby milanais. En effet, l’appellation « Derby della Madoninna » (« Derby de la petite Madonne »), a tout simplement été donné en référence à la Madonne surplombant la ville depuis les toits de la cathédrale de Milan.

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La Madonnina surplombant la ville.

Petit retour en arrière 

Même si ces dernières années les équipes milanaises ne luttent plus réellement pour le Scudetto, la rivalité, la tension et la pression présentes lors de ces rencontres sont incontestables. Une rivalité qui trouve ses origines à la naissance même du club, lorsque deux britanniques, Alfred Edward et Herbert Kilpin décidèrent en 1899 de fonder le Milan Cricket and Football Club.  Les débuts de ce nouveau club, arborant les couleurs rouges et noires, choisies par Kilpin, seront plus que prometteurs car, dés sa première saison en 1901, le club remporte le premier Scudetto de son histoire. Un titre qui sera suivi par ceux de 1906 et 1907.  Même si tout semblait aller pour le mieux, des tensions et des divergences commencent à voir le jour au sein même de la dirigeance. En effet, si certains préféraient privilégier les joueurs italiens et lombards, d’autres souhaitaient aligner des joueurs étrangers. Les mentalités et les mœurs étant très différentes à l’époque, la fédération italienne décida d’interdire le transfert d’étrangers dans le championnat italien. Suite à cela, le Milan football Club fit le choix de ne pas participer au prochain championnat. Cette décision scindera définitivement le club, car, en 1908, 43 membres quitteront l’équipe milanaise pour créer l’Internazionale, l’un de premiers club à faire évoluer des étrangers dans son effectif. Cette date marquera à jamais le début d’une rivalité intergénérationnelle.

Kilpin : « Le rouge pour rappeler le diable, le noir pour inspirer la peur et le Milan sera comme un incendie sous un ciel orageux ! »

 

Bien plus que du sport

Le foot va bien au delà de l’exploit sportif en lui même, car lorsque nous regardons un match, ce n’est pas uniquement l’acte sportif que nous voyons mais également la société dans sa globalité. Le sport joue le miroir de la société, il reflète ses défauts, ses qualités, ses envies, ses motivations et même ses habitudes. Il rassemble des personnes d’âges, de nationalités, de couleurs, de religions et de classes sociales différentes, à travers celui-ci nous comprenons d’avantage notre société. Bien entendu, le Derby milanais n’échappe pas à la règle. En effet lors de la division du club, deux surnoms, représentatifs de la coupure entre ces deux clubs ont vu le jour. D’une part les supporters du Milan, appelés les « casciavit » signifiant « tournevis » en patois milanais, en référence au fait que la plupart des supporters de l’époque faisaient partie de la classe prolétarienne ouvrière. Tandis que du coté intériste, les supporters surnommés les « bauscià« , les « fanfarons » étaient reconnus comme partie intégrante de l’élite aristocratique de la capitale lombarde. Une différence de classe sociale qui, avec une vision différente du foot , viendra  d’avantage cimenter la concurrence et la rivalité entre ces deux équipes.

C’est en raison de leur placement politique que les supporters rossoneri ont reçu l’aile gauche du stade

 

Quelques statistiques 

Si la domination du Milan au niveau européen est incontestable avec les deux dernières victoires 2 et 3-0 en quart de finale de la Ligue des Champions de 2005, c’est loin d’être le cas au niveau national. Avec ses 68 victoires, l’Inter surplombe largement le Milan et ses 61 victoires. Les deux équipes se sont en revanche neutralisées à 54 reprises. La dernière victoire notable rossonera, remonte à la saison 2010-2011 avec un sanglant 3-0 et un doublé d’Alexandre Pato qui propulsa les hommes de Massimiliano Allegri jusqu’au 18ème Scudetto milanais. Au niveau des Derbys historiques, il est évidement nécessaire de signaler la victoire 0-6 du 11 mai 2001 (doublé de Schevchenko et de Comandini) et la fantastique remontée 3-2 du 21 février 2004 avec les buts de Jon Dahl Tomason, Kaka et Clarence Seedorf après avoir été menés 0-2. Ces deux rencontres resteront à jamais gravées dans les mémoires et dans l’histoire de ce club.

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Victoire historique 0-6 du 11 mai 2001.

Et aujourd’hui ..

La situation des deux clubs milanais est quasiment semblable. Respectivement neuvième et dixième, les deux équipes fatiguent à retrouver leur gloire d’antan. Du coté Milanais, les saisons se succèdent et se ressemblent. La ligue des Champions désormais rendue inaccessible par un second tour catastrophique, les hommes de Pippo Inzaghi rêvent d’une qualification en Europa League. Un objectif, bien éloigné de ce à quoi le Milan a habitué ses supporters. De plus, avec un rachat du club qui semble de plus en plus inévitable, et un projet de stade bien avancé, le Milan désire se tourner vers l’avenir et mettre de coté cette période sombre de son histoire. Du coté intériste, le constat est quasiment le même, malgré le retour de Roberto Mancini, l’équipe éprouve des difficultés à exprimer un jeu correct et à trouver une identité de jeu. Les sifflets des supporters ponctuent la plupart des fins de matchs à domicile. N’ayant gagner aucun titre depuis l’ère Mourinho, l’Inter cherche également à retourner sur le devant de la scène. Trohir et Mancini assurent que l’Inter luttera pour le titre la saison prochaine. Quoi qu’il en soit, ce match est symptomatique du football italien de ces dernières années, peu de moyen, peu de formation et peu d’espace laissé aux jeunes joueurs. Mais le derby n’est pas un match comme les autres, même quand il ne vaut pas la tête du championnat, comme ce fut le cas il y a quelques années, il reste un match à part, un match que l’on ne joue pas, mais que l’on gagne. Ce rendez-vous pourrait constituer la dernière occasion d’éclaircir le ciel milanais. Une dernière occasion de prouver que tout n’est pas à jeter dans cette équipe. Une dernière occasion pour Inzaghi de montrer que l’on peut compter sur lui. Une dernière occasion pour le club de sauver son honneur, il est vrai, bafoué depuis trop longtemps. Dimanche soir aux alentours de 20h45 les lumières du foot italien seront tournées vers San Siro et son Derby des pauvres..

 

Barattini Stefano
La dernière recrue du staff.